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Le cynisme des passeurs d'hommes...
La
saison agricole a debuté en Espagne, relançant l'immigration clandestine. Pour
800 à 3 000 euros, ils vous font miroiter l'Europe. Ils, ce sont les mafias qui
se partagent cette juteuse contrebande entre le Maroc et l'Espagne. "Pour
30 000 dirhams, on a un service complet qui permet d'aller jusqu'au pays de
destination en Europe, l'Italie surtout. Le service le plus simple : traverser
le détroit de Gibraltar pour 8 000 dirhams" explique le sous-delegue du
gouvernement à Cadix, Miguel Osuna. Ce dernier s'occupe de coordonner la lutte
contre les clandestins dans le sud de l'Andalousie, et il n'a de cesse de
denoncer les passeurs, les "pateristas*" comme on les appelle.
Miguel
Osuna explique que trop souvent à la vue d'un bateau de la garde civile, les
"pateristas" obligent leurs passagers à se jeter à l'eau, en leur
faisant croire qu'ils ont pied et que le rivage espagnol n'est qu'à quelques
centaines de metres. Les candidats au reve, qui souvent ne savent pas nager,
decouvrent alors qu'ils sont loin, tres loin de la cote. Une noyade pour 8 000
dirhams, c'est tout de meme un peu cher... * Du nom de la petite embarcation
(patera) qu'ils utilisent pour transporter les candidats à l'immigration
clandestine.
Algesiras : une fosse commune qui n'en a pas le nom...
Algesiras
: le voyage s'acheve ici...
Au gré des courants, les corps des candidats
malheureux à l'emigration s'echouent sur les rivages espagnols, et notamment à
Algesiras.
Cette
ville, situee à la pointe sud de l'Espagne (Andalousie), recueille tous les
corps des sans-papiers non-identifies.
Le
maire s'insurge contre cette desagreable situation, mais plus encore contre le
cout qu'elle engendre : "depuis 7 ans, ca fait plus de 200 enterrements
que nous payons. Notre budget a des limites".
L'avare
ne veut plus que sa municipalite prenne seule en charge les 530 euros que coute
une mise en biere. En somme que des clandestins se noient, il s'en fout, tant
qu'ils le font ailleurs que sur ses plages.
Jose Manuel Castillo, le gardien du cimetiere
d'Algesiras, explique que l'on "conserve les depouilles plusieurs jours
dans une glaciere, au cas où des parents viendraient les reclamer. Mais, elles
sont souvent completement decomposees quand elles sont restees tres longtemps
dans l'eau, et les empreintes digitales ne sont plus lisibles".
Puis il ajoute : "les pompes funebres le mettent dans un cercueil bas de gamme, tres beau à l'exterieur mais en bois agglomere, qui se deteriore rapidement. Avant, on arrache la croix parcequ'on suppose qu'ils sont musulmans". Les corps sont ensuite inhumes dans le cimetiere, dans des niches où seul figure un numero de dossier administratif, et la date de l'enterrement. Anonymes ils sont partis, anonymes ils sont morts, anonymes ils resteront. Des numeros parmi d'autres, une ligne dans les statistiques.